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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 05:47

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Carrière Brault du Montlouvier - Années 30. Mon grand-père, "le Vieux Pas", assis à droite.

 

 

 

 

Tailleurs de pierre 003

 

 

Carrière de l'Hospice dans les années 60 

Mon père, Henri Prioul, et ses ouvriers ou artisans tâcherons.

 

 

 

 

Tailleurs de pierre 006


Amand Delamarre, qui travaillait chez le sculpteur Roger Lévêque lorsque

celui-ci créa son magnifique Christ de l'église de Louvigné.

Pour l'histoire, qui n'est pas si petite, je trouve, Lévêque demandait à Amand

de prendre la pose, et celui-ci, très maigre, torse nu, les bras tendus et écartés,

figurait un instant le Christ en croix.

 

 

 

 


Tailleurs de pierre 007

 

Papa dans les années 50.

On remarquera la barrière d'autrefois et le fagotier.


 

 

 

Tailleurs de pierre 008

 

 

Ici de beaux morceaux semillés.

Les trois picaoüs de gauche sont de jeunes gars dans la trentaine.

 

 

 

 

 

Tailleurs de pierre 011

 

Papa sur sa grue qui, à ma grande frayeur d'enfant,  se soulevait vers le trou

lorsqu'il remontait un bloc de granit.


Ou bien encore : mon grand frère Michel, de neuf ans mon aîné, suspendu au cable

se jetait régulièrement dans le trou, en me criant : "regarde p'tit frère !"

 

 

 

 

 


17 novembre 001

 

Années 60 - Café Martine de Monthault.

Après l'effort... on boit un coup.

Beaucoup d'ambiance dans ce fief de la taille de pierre du bassin de Louvigné.


A l'arrière-plan on reconnait mon père Henri et mon oncle Jean Prioul.
Au premier plan, au centre, Bernard Cottin jeune, toujours vivant.

 

 

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Published by Serge Prioul - dans Images du granit
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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 05:50

 

 

A cette époque-là, que j’étais ouvreuse au cinéma…

St Hilaire, Mortain, Fougères… tout ça ayant été bombardé, on avait de la clientèle qui venait de partout. C’était retenu d’une semaine pour l’autre.

A ce moment-là, la sécurité on ne s’en occupait pas beaucoup : à l’entracte, on allait chercher des sièges aux cafès Nicolas et chez Bossé. Mais fallait bien qu’on les repporte à la fin et qu’on rentre chez nous après le couvre feu.

…Parce que, Dame* ! Je partais trop tard pour rentrer chez moi… Si j’entendais une voiture sur la route, à ce moment-là il n’y avait pas de trottoir, j’ai vu faire du plat ventre dans la rigole, heureusement que c’était pas mouillé !

 

 

                                                           Janine

 

 

 

*Dame : Expression qui revient régulièrement dans le langage courant du pays Gallo. Aujourd'hui encore très employée.

 

 

 


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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 05:51

 

 

 

 

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Le village de Le Hinglé, près de Dinan a connu une histoire similaire à celle de Louvigné.


L'extraction et la taille du granit ont rythmé la vie de la commune

pendant tout le XXème siècle et au-delà.

 

Une association très dynamique y a vu le jour "Le Peuple des Carrières",

j'aurais l'occasion d'y revenir régulièrement.

 

Pour l'heure, je partage cette info d'un spectacle de Jean-Louis Le Vallégant

qui travaille également à en préparer un autre pour le Centre Culturel de Louvigné

programmé le samedi 1er juin 2013

 

 

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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 07:15

 

 


"…Les Américains avaient montré à Papa comment faire une bague aux dépends d'une pièce.

Avec les pièces de deux francs de 1923 et 1925… et il ne pouvait qu'avec ces deux années-là, parce qu'il y avait de l'or dedans. Que dans les autres années il n'y avait pas d'or. Ça ne marchait pas.

Pour payer la place de cinéma, il vendait les bagues…

Les cinémas, il y en avait deux à Louvigné: la Maison du peuple: le Familia et le cinéma Jovence.

Le jour où Papa m'a fait ma bague, il a fait trois bagues dans l'après-midi et… en peu de temps, parce qu'on n'a pas été toute l'après-midi à la carrière, c'était un dimanche…

…Alors on partait du café, il était bien quatre heures ; il a peut-être fait ses trois bagues en…2 heures. Avec son étau, il serrait un bout de bois rond, il le préparait  pour la taille du doigt et il martelait dessus…

Il avait un petit ciseau…Tu vois, la mienne, c'est des p'tits V qu'il y a de chaque côté. Et celles des filles qui travaillaient chez nous, elles ont des p'tits losanges dedans, elles…

Celle-là n'est pas finie en plus. Celles qu'il donnait aux autres il les a finies, mais la mienne il me dit "j'aurais bien le temps un jour…" et il l'a jamais finie.

 

     Oh oui, je connais ça, on en f'sait nous ! On n'avait pas d'outil. On évidait déjà un peu le milieu quand même… Il y avait plusieurs méthodes, oui !

Moi, c'était en 42. C'était pendant la guerre, il n'y avait pas d'alliance, il n'y avait rien.

Fallait en faire pour ceux qui se mariaient."

 

Claudine et Raymond

 

 


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Published by Serge Prioul - dans Paroles d'anciens
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21 octobre 2012 7 21 /10 /octobre /2012 05:39

 

 

 

 

Je reproduis ici la lettre que j'ai fait parvenir à un journal local lors de l'accident de Landéan, mais que celui-ci hélas,  sous prétexte d'enquête, a refusé de publier.

 

 

"J’apprends dans vos colonnes de ce lundi la terrible nouvelle de la mort accidentelle de trois jeunes gens à Landéan, et cela ne cesse de me mettre en colère. Je suis persuadé, et je l’écris, que cet accident était prévisible.

J’emprunte cette route chaque jour pour me rendre à Fougères et, pourtant loin d’être un obsédé de l’accélérateur, je me trouve régulièrement surpris par ce haricot sur la chaussée. Depuis de nombreuses années, la municipalité de Landéan, au demeurant soucieuse de faire ralentir les voitures, nous gratifie d’aménagements tous aussi dangereux les uns que les autres. Il suffit d’en parler un peu autour de soi, aux usagers de passage, pour constater que chacun, sous prétexte de ralentissement, frise souvent l’accident. Les bordures, en amorce de ces différents terre-pleins du village sont régulièrement démolies et on voit sans cesse les services techniques à l’œuvre pour des réparations, voire des modifications toujours aussi aléatoires…

Ainsi hélas, comment être surpris par cette catastrophe ? Des jeunes fatigués qui rentrent d’une fête, un peu de vitesse, autre chose peut-être que l’enquête révèlera (ou non), et voilà le résultat ! Bien sûr, en guise de dédouanement, on me rétorquera ces différents facteurs suscités, qui ne serviront que de prétextes à mon sens... On peut même se laisser à imaginer un pire éventuel, du fait de la présence d’une école à proximité.

En tenant ces propos, je pense avant tout aux familles endeuillées, et je ne crois  pas engager de polémique car celle-ci existait déjà. Pour faire ralentir fous du volant comme conducteurs distraits, il existe sûrement des moyens tout aussi efficaces, et moins onéreux même, telles les bandes rugueuses qui nous prévenaient bien du danger autrefois et qui ont disparu ( ???)

J’affirme que le bon sens, ici, a fait défaut."

 

17 9 2012

 

 

 



 

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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 06:39

 

 

 

 

"Les granitiers ont été obligés avec l’entreprise Todt…

 Les Todt ! Ils faisaient des morceaux pour les ports, tout ça… Il y en a eut longtemps sur le chantier… ils étaient restés !

Ils étaient déclarés là ! Ils travaillaient pour les allemands : ça les empêchait de partir…

 

De toute façon les jeunes qui ne voulaient pas partir ils se camouflaient dans les carrières, ils ne travaillaient même pas mais enfin ils étaient là …"

 

 

Roger

 

 

 

Georges Paris 28 9 2011 016

 

 


 

 

 

 


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Published by Serge Prioul - dans Histoires de picaous
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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 07:46

Je reproduis ici mon propos pour les intéressés par l'histoire du granit. Le débat a été filmé et sera visible sur le site Européen des Archives Départementales.

Archives Départementales 028

 

Pour introduire mon propos sur ce collectage autour de l’histoire du granit en pays de Louvigné-du-Désert, auquel je me livre, je citerai deux auteurs : tout d’abord Jean Guéhenno, notre écrivain académicien de Fougères, lui-même fils d’un ouvrier de la chaussure qui écrivait :

 

« J’ai souvent pensé que la plus grande et la plus émouvante histoire serait l’histoire des hommes sans histoire, des hommes sans papiers mais elle est impossible à écrire. Ils sont passés comme des troupeaux d’ombre sur les chemins de la terre et l’on y chercherait en vain la trace de leurs pas. »

 

 

Puis un chercheur de Rennes 2, également originaire de notre pays de caillou, Christian Leray qui dit :

 

«  Tout être humain saisi dans ses gestes quotidiens est en quelque sorte un site archéologique. »

 

 

La transformation radicale de nos sociétés campagnardes impose depuis quelques décennies la nécessité d’une préservation de cela qu’il est désormais d’usage  d’appeler « patrimoines immatériels ». Dans chaque village, sur chaque territoire, dans toutes les villes, il s’agit dès maintenant – et dans l’urgence – d’initier ou de poursuivre le travail de collectage de cette mémoire du quotidien qui animait le pays et l’identifiait.

 

Il s’agira ici du labeur paysan d’autrefois, là des anciennes industries disparues, à Louvigné-du-Désert ce fut en l’occurrence l’activité exceptionnelle, quasi passionnée qu’engendra, depuis le début du XXème siècle principalement, l’extraction et le travail du granit.

Si toutefois il perdure dans de nombreuses entreprises de la région, celui-ci a perdu l’aspect fondamental et culturel par lequel s’affirmait la société locale toute entière.

 

En 2005 donc, persuadé depuis longtemps, qu’il faut valoriser cette grande aventure ouvrière et sociale qu’a vécue le pays de Louvigné-du-Désert et ses environs, dans le cadre d’un projet d’animation, je décidais de rencontrer les tailleurs de pierre et de les inviter à me raconter leur histoire.

 

Quelques dizaines d’anciens tailleurs de pierre vivent encore. Epinceurs, paveurs, débiteurs, extracteurs et tailleurs, patrons artisans ou bien ouvriers des grandes carrières, ils formaient ce qu’il était convenu d’appeler « les picaous ». Des hommes fiers, robustes quoique éprouvés par le travail, adroits et désormais désireux de transmettre aux générations futures, à défaut de leur savoir-faire, l’histoire de leur métier, de leur vie pleine et active au service d’une activité plus souvent vécue comme une passion que comme une contrainte.

J’en ai donc rencontré beaucoup et je continue à le faire. Chez eux, le plus souvent, avec un accueil chaleureux, sur leur ancien chantier parfois, l’outil à la main lorsque leur santé le permettait. Passés les premiers instants d’interrogation sur ma démarche et la récurrente réflexion «  Oh bein, tu sais, nous les picaous, on n’a pas grand-chose à dire ! », nous nous engagions simplement sur les souvenirs les plus présents. Nous parlions alors de la vie dans les carrières, de l’extraction qu’il fallait entreprendre avec intelligence, des dangers de la mine et des fonds de trous, des belles œuvres dont ils étaient fiers, de tout ce travail qui avait fait leur vie, celles de leurs pères presque toujours mais aussi l’existence entière de leurs épouses, toujours parties prenantes dans  une démarche artisanale, par exemple. Epouses qui la plupart du temps participaient à la rencontre en l’alimentant de remarques sur la vie quotidienne difficile des familles, sur l’ambiance sociale et l’amitié des gens.

 

Avec le même élan, la même envie de transmettre, tous ont accepté d’être enregistrés, photographiés ou filmés. Et au fils de picaou que je suis, tombé tout petit dans la poussière des baraques, ils se sont peut-être confiés davantage. Engagés qu’ils y étaient par un langage spécifique, des expressions de terrain, une certaine connaissance du métier et surtout une passion pour le granit que je m’efforce toujours de communiquer.

Les picaous m’ont évoqué leur vie mais aussi livré les souvenirs qu’ils avaient de leurs pères, des carrières primitives, du travail sous « les haïches »*, directement dans les champs… Ils m’ont expliqué comment ils ont ainsi façonné le paysage. Ils m’ont dit ce que doit le travail du granit à l’arrivée massive, entre les deux guerres, des travailleurs Italiens qui, aussi, par le sang et la culture, ont transformé la société Louvignéenne. Ils se sont rappelé leur pénible apprentissage, l’enseignement souvent exigeant des anciens, l’arrivée des techniques plus modernes, des aciers nouveaux, et du travail facilité qui s’ensuivait…

 

Ces entretiens  m’ont permis de rencontrer de façon individuelle une trentaine d’anciens tailleurs de pierre parmi les plus emblématiques mais aussi les mieux disposés à parler de leur vie. Cela représentant plus d’une centaine d’heures d’enregistrements. J’ai pris également de nombreuses photos du travail traditionnel tel qu’il se pratique encore et enregistré quelques films.

 


 

 

Archives Départementales 024

 


 

Il reste beaucoup à faire, et dans l’urgence, car les populations vieillissent. Des thèmes souvent abordés restent encore à développer. Je citerai pour mémoire : le grand bouleversement du paysage ; paysage autrefois parsemé de nombreux chaos rocheux, les histoires relatives aux grandes carrières et leur pendant malgré tout plus social, l’artisanat, le granit pendant la guerre, avec la construction du fameux Mur de l’Atlantique par l’entreprise Allemande Todt, mais aussi la mise à l’abri du travail obligatoire en Allemagne le STO, de beaucoup d’hommes du pays que de nombreux patrons joignaient à leurs listes d’effectifs même s’ils ne connaissaient rien au travail du granit, l’après-guerre aussi et la reconstruction de la France, période faste pour Louvigné, le phénomène coopératif, comment il transformait le quotidien des ouvriers, comment l’immigration massive Italienne a révolutionné le travail par l’apport de nouvelles techniques, sans oublier d’évoquer toutes les autres nationalités qui, à un moment ou à un autre, se croisèrent dans les carrières : Portugais, Espagnols puis Turcs, parfois Tchèques, Belges, et d’autres encore…, resterait aussi à aborder tout ce qui touche au beau travail, ou aux grands travaux : la reconstruction des ponts de l’après-guerre ou des villes détruites, les monuments en hommage aux victimes ou aux grands hommes, parler des meilleurs ouvriers de France et cette tradition du travail bien fait et des maîtres-ouvriers dont il ne reste plus que quelques représentants dont il faut absolument – et je mets l’expression entre guillemets : « archiver  le savoir-faire », faire témoigner aussi de l’ambiance dans les chantiers, des baptêmes des apprentis, des fêtes régulières, de l’alcoolisme qui faisait des ravages, et dans un registre similaire des accidents et de la dureté du travail, qui jusqu’à nos jours, des décennies plus tard emporte encore au cimetière une majorité de picaous atteints par la silicose des poumons…

 

Les témoins de cette époque sont encore là et, comme je me plais souvent à le faire remarquer : partout, dans le quotidien de l’homme, la petite histoire de chacun frôle la grande Histoire de l’humanité et y participe. Voilà une évidence, certes, mais qui, régulièrement se manifeste auprès du collecteur.

 

Quand on évoque le collectage, on pense donc aux plus anciens, mais il est bon de prendre conscience que chacun de nous est porteur d’histoire, et que donc, pour raconter cette longue histoire du granit à Louvigné, s’impose aussi la nécessité de rencontrer des plus jeunes qui sauront parler de transition et qui, pour les générations futures, seront tout autant porteurs d’histoires.

 

 

Je me suis livré également à une autre collecte, qui peut paraître plus anecdotique, mais qui me tenait à cœur  car elle illustre bien les mentalités de l’époque, celle des surnoms. Surnoms dont on baptisait les ouvriers dès leur période d’apprentissage et dont tous, du simple terrassier au patron carrier, voire à la patronne, étaient affublés. Surnoms pas toujours bienveillants et plaisants mais qui nous décrivent là encore tel ou tel caractère, tel ou tel personnage. En exemples, je citerai « le Cayenne » venu du compagnonnage, « le Pachu » qui signifie rustre en Gallo, « le Frisé », un Italien évidemment, ou bien encore « le vieux Pas » qui terminait toujours ses phrases par un légendaire « n’est-ce pas ! », et qui n’était autre que mon grand-père… J’ai ainsi répertorié 190 surnoms d’hommes et parfois de femmes du pays, mais il en existait sans aucun doute bien d’autres qui s’en sont allés rejoindre l’oubli. Effectuée  depuis 8 ans seulement, j’ai d’ors et déjà conscience de la valeur de cette collecte en particulier, car les témoins principaux qui me renseignèrent ont  presque tous disparus.

 

Collectage. Collectage donc, dans la réflexion et l’urgence, mais qui allait de paire avec une valorisation qui m’apparaissait aussi nécessaire qu’essentielle.

 

Je rappellerai au passage que je ne suis pas un historien mais un animateur, et qu’à ce titre, même si j’ai toujours recherché la vérité, j’ai aussi accepté la part de légende qui m’était proposée dans ces divers témoignages, témoignages d’humains qui, doit-on le rappeler, laissent toujours filtrer dans leur mémoire émotions et brumes du souvenir.

 

C’est donc dans un esprit de reconnaissance et de fidélité aux témoignages, bien plus que de recherche de la vérité historique, que je me suis appliqué à transcrire mes entretiens avec les picaous.

J’apprenais beaucoup, et dans le silence du bureau j’avais aussi grand plaisir à réécouter ces voix, amies pour la plupart, dont il restait tant de l’écho de ces carrières qui ont bercé mon enfance. Sont donc nées des pages et des pages d’écriture, au plus près du langage, du parler Gallo, des expressions de terrain, des anecdotes, des confidences parfois qu’il faudra savoir traiter avec toute la pudeur nécessaire…

Ces écrits, par la suite, m’ont donné matière à des adaptations pour des lectures sur la vie des tailleurs de pierre.

Dans un journal local, m’entrouvrant ses colonnes, je fis également paraître régulièrement de brefs témoignages incisifs sous le titre « Paroles d’anciens ».

Plus ponctuelle, une émission de radio, vit également le jour.

 

Autant d’actions simples et relativement faciles à mettre en œuvre dont l’effet sur la population fut immédiat et mémorable : 

 

Il suffisait de se promener en ville pour goûter le plaisir d’entendre les gens formuler tantôt une remarque, tantôt une appréciation, ici un souhait éventuel, ou là une reconnaissance amicale pour toutes ces initiatives qui évoquaient leur passé et affirmaient ainsi leur présent.

 

J’ai la chance, je le répète, de connaître beaucoup des tailleurs de pierre de la commune. Et, d’une famille de granitiers, d’avoir appris un peu le métier, donc de pouvoir contacter et interroger plus facilement les picaoüs en me tenant au plus près du sujet.

 

 

 

Archives Départementales 030

 

Ainsi donc, fort de ces enseignements nouveaux et de mes connaissances plus anciennes, dès 2005, je commençai à préparer une exposition photos de sites naturels ou patrimoniaux, de gestes, de travaux remarquables, de traces d’extractions ou de bâtis particuliers… Cette exposition qui, de nombreuses fois, a été montrée en pays de Fougères et sur Louvigné, s’est étoffée au fils du temps de paragraphes retranscris « mots de picaous » ou « paroles d’anciens » qui, en guise de légendes, accompagnent tels ou tels clichés. Toujours partant de ces acquis de collectage, et avec un vif plaisir, j’anime également un débat explicatif avec les publics intéressés.

 

Voilà donc, et on m’en fit souvent la remarque, enfin reconnus et appréciés, tous ceux qui jusque-là m’avaient interpellé sur le nécessaire devoir de mémoire, devoir de conserver leur histoire, leurs témoignages voire leurs outils et leurs techniques et qui déploraient qu’il en fut fait si peu de cas.

 

J’aurais aimé rencontrer plusieurs fois chacun des tailleurs de pierre et, partant de l’écriture et de la relecture des premiers témoignages, relancer les discussions, élargir les débats, aller chercher la petite histoire au plus loin… Ce fut le cas parfois, mais hélas, le temps m’a manqué. Malgré tout je suis resté en contact avec nombre d’entre eux et je continue mon action. Ainsi au printemps 2013, à la Granjagoul, puis-je compter sur l’intervention de deux des derniers maîtres ouvriers. Nous prévoyons de donner une dimension éducative à cette démonstration de travail dont il s’agira, également, de conserver la trace.

 

 

 

Dans un avenir proche ou plus lointain, mon œuvre de collectage associée à celles d’autres intervenants offrira matière à d’éventuels travaux de valorisation et de recherche qui, d’ors et déjà, s’avèrent possibles. Les matériaux étant là, qui évoquent l’histoire du granit et du quotidien de la société Louvignéenne.

 

 

C’est donc ainsi que j’ai voulu œuvrer : regarder l’homme dans ses gestes quotidiens et, ainsi que le dit Christian Leray, conserver les traces de leur pas telles celles d’un site archéologique – et nous rejoignons bien là, la notion de Patrimoine Immatériel.

 

Si je n’ai pas couvert tous les objectifs que je m’étais fixés, par exemple rencontrer tous les tailleurs de pierre, je suis néanmoins parfois allé bien au-delà. Je pense, en outre, avoir atteint ces finalités envisagées qui me tenaient à cœur,  à savoir l’affirmation d’une identité humaine et territoriale et l’engagement de la réflexion sur les valeurs patrimoniales liées à cette identité. La récente exposition des Archives Départementales sur la Coopérative l’Avenir et la prise de conscience, quant à ce patrimoine à préserver, qui semble s’en être suivi à Louvigné-du-Désert, ne donnent que plus de crédit à ma démarche initiale et ne peuvent qu’éveiller heureusement de nouvelles vocations de collectage et de valorisation.

 

Je m’attache à continuer ces rencontres car il reste beaucoup à faire, mais le seul fait d’avoir œuvré en ce sens est vécu par les tailleurs de pierre comme une juste reconnaissance de leur beau métier et du difficile travail d’un matériau éternel et exemplaire.

 

 

Pour terminer, je ferai cette remarque : Ailleurs, en d’autres lieux et certainement, avec d’autres publics… il y aura toujours matière à collecter et à valoriser. Toujours ! Pourvu qu’il y eût des hommes et leur histoire !

 

De tels projets d’animation peuvent s’inscrire dans tous les territoires ruraux. Il s’agit de les adapter en fonction des constats, des besoins, des sociétés, des hommes sur ces territoires…

 

Je reste persuadé des valeurs intimes de chacun, des richesses humaines du patrimoine paysan et ouvrier.

Il y a beaucoup à défricher dans ce quotidien qui, comme je n’ai cessé de le constater pendant cette période d’animation, rejoint si souvent la grande histoire.

 

 

Anecdote qui n’en est pas une : je me suis senti soutenu bien au-delà de mes espérances par Mme Aurélie Javelle, docteur en Etno-Ecologie que je salue à nouveau et qui s’est, dès cette époque,  intéressée à mes travaux, car elle aussi, au niveau universitaire n’avait de cesse de faire reconnaître les valeurs culturelles liées au quotidien du paysan, de l’ouvrier et des territoires ruraux

 

Un autre universitaire Jérôme Cucarull, historien spécialiste du monde industriel en Bretagne qui, lui aussi, m’encouragea,  évoquait à propos de Fougères la nécessité de redonner la place qu’elle méritait dans la mémoire officielle à l’industrie de la chaussure qui avait fait vivre la ville pendant presque un siècle.

« Nous vivons une période cruciale. Les gens qui peuvent raconter disparaissent tous les jours. Que va-t-il rester de la mémoire de la chaussure ? » Disait-il en avril 2005.

 

 

 

Je terminerai comme j’ai commencé en citant d’abord mon ami Marc Weymuller, un cinéaste qui, dans ses documentaires s’attache à capter le quotidien. Parlant de son dernier film, il tient ce propos qui illustre bien sa préoccupation culturelle :

 

« En approchant une réalité locale très spécifique, le film exprime aussi un facteur commun propre à tous les pays d’Europe : celui d’une mémoire qui se perd, de génération en génération, sans parvenir à s’exprimer vraiment ou à se transmettre. »

 

Et en citant également –  ce sera le mot de la fin -  Louis Malassis (Membre de l’Académie de l’agriculture de France) encore un habitant du pays de Fougères, disparu il y a quelques années :

 

« Mon grand-père gardait très présent à la mémoire le souvenir de la servitude (…) Je regrette aujourd’hui de ne pas avoir su l’interroger sur lui et son temps, mais les jeunes savent rarement le faire. Ils ont le regard tourné vers l’avenir, les « vieilleries » ne les intéressent pas, et les discours sur le passé les agacent souvent ! Cela devrait faire partie de notre système d’éducation : comment apprendre l’histoire et le combat des « anciens » en sachant leur poser les questions, et les écouter. »

 

N’attendons pas d’avoir des regrets !

 

 

*Haïches : Abris rudimentaires à claire-voie, construits le plus souvent en rondins et en genêts où les tailleurs de pierre, jusque dans les années cinquante, s’abritaient des éléments. Elles furent petit à petit remplacées par des baraques en tôles et planches.

 

 

Archives Départementales 032

 

Sabrina Dalibard attachée au Conseil Régional

qui intervenait pour parler du recensement

du patrimoine bâti orchestré par le Conseil Régional

 

 

Archives Départementales 033

 

Joseph Bordini 

Président de l'association Louvignéenne d'Histoire Locale et du Patrimoine

 

 

Archives Départementales 029

 

Eric Joret

Responsable des Archives qui nous accueillait.


 

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Published by Serge Prioul - dans Des nouvelles du pays
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6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 06:03

 

"Vous rappelez vous qu’on disait :

"Et je t’appellerai en 18 sous ! Et je te les ferais monter, les marches !"

Quand il y avait la chicane entre voisins :

« Je t’appellerai en 18 sous ! » ça devait coûter ça pour faire venir…

Et « je te ferai monter les marches ! » du tribunal, oui !

Tous les mois, il y avait une conciliation !"

 

 

                                                           Janine

 


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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 04:37


 

Au début que j’étais chez G…, il n’y avait pas le courant électrique, alors la grue c’était un moteur à essence. Il y avait une bordure à mener sous la baraque, il allait pas mettre en route pour si peu… « Prends par ton bout, Pierre ! » qu’il me disait. Et que ce soit n’importe quelle bordure, on la levait à bras comme ça et puis sur le wagon… Je n’ai jamais reculé devant lui, mais il m’en a fait prendre des poignées il y a des fois, tu sais !

 

Pierre

"...    et le bien qu’on se faisait"

 

A Mantilly quand je travaillais à la pierre de route, alors il y avait du mauvais café à ce moment-là… C’était un vieux, c’était un veuf… qu’avait ramené un Grec de la guerre de 14… Palmyre. Ils faisaient griller de l’orge dans un poêlon ; ils faisaient comme ils pouvaient… C’était brûlé plutôt que grillé mais enfin…

On s’amenit à trois chez lui pour prendre le café. Il se mettait à table avec nous. Le Palmyre, il y avait pas droit, lui ! Il faisait chauffer mais il avait pas droit ! Il t’amenait le litre de goutte… Il y avait le petit verre. Mais le petit verre c’était le petit verre à moutarde ! C’était de la bonne goutte : de la goutte de poiré !

On était à quatre, ça faisait quatre petits verres dans le café !

On n’était pas malade avec ça !

 

                                                           Pierre

 

 

Note : Ce soir 20h30, à La Granjagoul à Parcé (sud de Fougères) j'organise un débat avec comme sujet "l'extraction du granit en pays de Louvigné". Je présenterai mon travail photos, je vous parlerai du temps d'hier si animé dans notre pays, des hommes rudes qui nous ont forgés, de leurs savoir-faire et de leurs belles réalisations.

 

 

 


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Published by Serge Prioul - dans Paroles d'anciens
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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 05:46

 

 

 

 

 

C'est le nom du village où nous habitons depuis Noël 1980. Nous avions 25 ans et déjà 2 enfants.

Ce fut le plus beau cadeau que nous nous sommes fait.

Quelques images avant et pendant la restauration puis plus tard et maintenant.

 

 

 

Maison autrefois 017

 

Hiver 1980 :

Même pas peur !

 

 

 

Maison 2 006

 

L'arrière de la maison :

déjà j'ai re-maçonné le haut du mur et les corbelets

 

 

Maison autrefois 004

 

Pignons séculaires très très fragiles !

 

 

Maison autrefois 003

 

La vieille porte de l'étable dèjà transformée.

C'est la fenêtre de la salle à manger, désormais.

 

 

Maison 2 002

 

La grande cheminée du salon.

 

 

Maison 2 005

 

Enfin, ce qu'il reste du 17ème siècle.

 

 

Maison 2 008

 

La porte qui mène vers la cuisine :

en cours de creusement - attention, danger !

 

 

Maison autrefois 001

 

Dangers et sueurs partout.

 

********

 

Que de travail !

 

 

 

Les Coudrettes mai 2012 039

 

Mais le résultat en valait la peine

 

 

Mai 2012 Loire 028

 

Qualité de vie dans cette belle maison.

 

 

février 2012 014

 

Le salon et mon coin bureau.

 

 

Venez nous voir quand vous voulez, la porte est toujours ouverte.

 

 

 

 

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Published by Serge Prioul - dans Notre maison
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